Certains changements ou événements de la vie quotidienne peuvent déstabiliser les personnes et générer des tensions internes à l’instar des deuils des personnes migrantes.
En situation de migration, la perte d’un proche est traversée à distance. Les contraintes géographiques, légales et administratives empêchent souvent de se rendre dans le pays d’origine ou de transit pour participer aux rites funéraires. Dans le pays d’accueil, il est parfois difficile, voire impossible, de réaliser les rituels selon les coutumes et croyances culturelles.
Ne pas pouvoir dire au revoir, faire ses adieux ou être entouré de sa communauté peut renforcer un sentiment de solitude, de culpabilité ou de malédiction. Ces situations augmentent le risque de deuils compliqués : différés, empêchés, traumatiques ou post-traumatiques.
Ces deuils multiples ont un impact important sur la santé globale. Ils peuvent se manifester par de l’anxiété, de la dépression, une grande fatigue, des douleurs physiques, des troubles du sommeil ou de l’appétit, des changements de comportement, et parfois des conduites addictives.
Le deuil à distance peut aussi rendre difficile le travail de deuil tel qu’il est vécu dans les pays d’origine : parler de la mort et de la personne disparue, exprimer ses émotions, apprivoiser l’absence, et intégrer les transformations identitaires liées à cette perte.
Les personnes réfugiées et celles sans titre de séjour sont particulièrement concernées, notamment lorsque leur situation administrative est longue, instable ou incertaine.
Ces réalités fragilisent la santé mentale et physique, la dignité humaine et la construction identitaire, surtout lorsqu’elles s’ajoutent à des expériences d’exclusion, d’isolement, de précarité économique ou de traumatismes antérieurs.
Comment traverser les deuils en contexte migratoire et retrouver la sérénité ?
Notre association propose un espace d’écoute, de soutien et d’accompagnement pour les femmes et les hommes migrants, afin de ne pas rester seuls face à ces épreuves.
Les espaces ouverts de parole et d’intelligence collective font partie des outils d’intervention sociale et solidaire qui offrent la possibilité de partager les difficultés et les ressources. Ils apparaissent comme des dispositifs de reconstruction de liens, du sentiment d’appartenance, de transformation de la souffrance sociale et des douleurs de l’âme (Barreto, 2012).
Les échanges coparticipatifs favorisent l’émergence de solutions concrètes issues de l’expérience individuelle, des coutumes diverses et variées et du savoir populaire. Ils contribuent à développer l’autonomie, la coresponsabilité et la santé mentale , tout en redonnant confiance et pouvoir d’action aux participants.
Quand et pourquoi ?
Quand l’estime de soi et la santé mentale sont fragilisées par les deuils multiples, la souffrance sociale ou personnelle
Pour soutenir et renforcer la santé mentale
Pour traverser les deuils en contexte migratoire
Comment ?
À travers l’organisation d’espaces ouverts de paroles, d’écoute et de liens
Des accompagnements personnels sont aussi possibles
Pour qui ?
Pour des personnes en situation de fragilité ou de souffrance sociale (deuils, addictions, isolement, stress, conflits familiaux, violence…)
Les bénévoles ou professionnels qui les accompagnent
Les institutions et services publics en relation avec les populations migrantes : école, centres sociaux, service de santé, etc….
Avec qui ?
Des animateur/facilitateurs certifiés et expérimentés, situés à l’interstice de la théorie et des réalités du terrain.
L’animateur est un professionnel certifié qui offre un accueil chaleureux pour rassurer les personnes, les valoriser, les soutenir et les aider à exprimer leurs vécus et leurs ressentis. Il propose un cadre qui protège la parole à travers les règles, assure l’horizontalité et la circularité des échanges co-participatifs et stimule le partage des ressources. il aide les participants à prendre conscience des compétences souvent enfouies, à les développer et à les mutualiser selon leurs besoins.
L’animateur s’inspire de plusieurs courants de pensée : l’anthropologie médicale et culturelle, l’approche systémique, l’approche interactionniste, la pédagogie de Paulo Freire, la théorie de la communication, de la résilience collective.
Pour aller plus loin...
https://www.aetci-a4v.eu/retci-comite-dethique/regions-pays/
BARRETO A., 2012. La Thérapie communautaire pas à pas, Escalquens, Editions Dangles, (traduction française de C . Fénéon et M. Alidières-Chaltiel)
BARRETO A., 2015. Prendre soins des soignants. Un cours pour restaurer l’estime de soi, Fortaleza (traduction française de C . Fénéon)
BARRETO A., 2017 . Quand la bouche se tait, les organes parlent. Dévoiler les messages des , Paris, BoD-Books on Demand symptômes (traduction française de C . Fénéon et M. Alidières-Chaltiel)
DAVOUS D. et ERNOULT A., 2001. Animer un groupe d’entraide pour personnes en deuil Éditions L’Harmattan, Paris
FAURÉ C., 2012. Vivre le deuil au jour le jour, Albin Michel,
LEDUC, V., L. MONTGOMERY, C. et G. LLABESCAT, 2010. Accompagner les familles immigrantes endeuillées : des connaissances sur les diverses visions de la mort et les rites dans les grandes religions et confessions au Québec, Bulletin synthèse, no 2
MATEMNAGO TONLE V., 2017. Conflits, coutumes et deuil en Afrique subsaharienne, L’Harmattan, Paris.
MOLINÉ M., 2006. Soigner les morts pour guérir les vivants, Paris, Seuil. (https://www.ethnopsychiatrie.net/morts-vivan.htm)
RACHEDILILYANE et HALSOUET B. (s,d) 2017. Quand la mort frappe l’immigrant. Défis et adaptations, Presses de l’Université de Montréal, Montréal.
THOMAS L.-V., 1985. Rites de mort. Pour la paix des vivants. Paris, Fayard
« Participer aux échanges me procure un grand bien parce que je vis seul. J’ai rencontré des personnes que je ne connais pas. Nous avons noué des relations et, maintenant, je me sens entouré et soutenu » (un participant qui vit seul)
« C’est grâce aux espaces de parole que j’ai appris à m’écouter et à comprendre les répétitions dans ma famille. C’est magnifique ! » (un parent)
« Les espaces de parole m’ont appris à partager mes ressources et à écouter celles des autres pour faire face aux difficultés. C’est une boite à outils de solutions aux problèmes » (responsable d’une structure)
« J’ai perdu ma mère et j’allais très mal. Le soutien des autres au cours des réunions m’a aidé à sortir de l’isolement, à accepter le vide, retrouver le sourire et à reprendre progressivement confiance en moi » (un professionnel)
« Je suis né d’un viol et mon beau-père est violent. Grâce aux espaces d’échanges, j’ai appris à aimer mon papa et mon beau-père, ce à quoi je ne pouvais penser dans ma vie » (un adolescent)
« Avec les espaces de parole, j’ai appris à prendre soin de moi, à ne plus juger ou conseiller » (un migrant)